Écrire : le maître mot d'une aventure...
L'écriture comme une promesse...
Celle que je me suis faite, à l’âge de douze ans : je serai écrivaine. Plus qu’un rêve, c’était une décision.
À dix ans, je signais mes premiers poèmes. À quatorze, je tapais mon premier roman sur la machine à écrire de ma mère…
À écouter de nombreux écrivains, ces anecdotes sont plutôt communes… Et les textes s’accumulent dans les tiroirs au fil des années. Ne sortent que des textes aux profils plus sérieux, plus académiques : une thèse, des articles scientifiques…
Oui, mais quelque chose est encore là, un envie, un désir de dépassement dans le geste d’écrire. Alors je continue de lire, de m’exercer, d’affuter. Je creuse l’écriture, la vis et l’expérimente comme…
... une manière d'être au monde
Pour moi, la langue est matière. Comme le potier s’approprie les techniques du modelage et de la céramique, j’en étudie le fonctionnement des textes, les techniques narratives, les procédés rhétoriques.
Ce travail de l’écriture n’est pas qu’un plaisir, un moteur de vie. Je le vis aussi comme une exigence et un retour à l’essence même du langage poétique, au poïesis grec, à la création. Au faire, de ses mains, son corps, faire matière avec la matière.
Le travail du texte m’absorbe, me fait disparaître derrière les mots. Quand j’avance dans l’écriture, les débuts sont souvent laborieux. Comme les premières longueurs à la piscine, prendre le temps de s’immerger, de prendre la température, le rythme. Puis le temps finit par perdre ses repères. Ma respiration se fait plus lente et mon cœur reste seul métronome.
... une discipline, un apprentissage
Écrire tous les jours. Depuis aussi loin que je m’en souvienne, j’écris chaque jour, réfléchis à la langue, au pouvoir et à la puissance des mots. Ce mystère qui ne cesse de m’émerveiller.
Je ne crois pas spécialement au talent, au don. De tout cela je n’en sais rien, n’en ai pas vraiment de preuve. Mais du plaisir et de la joie que je ressens en écrivant et en travaillant l’écriture, ça oui ! C’est ce désir, cette envie qui me lève sans réveil à cinq heure du matin, quand ce n’est pas trois.
Jamais, je ne me suis éloignée des mots, du langage, des livres….
Bac littéraire en poche, je me suis inscrite en fac de lettres, ai obtenu un CAPES après la maîtrise de Lettres Modernes. Enseigner, avoir un vrai métier, comme motivation et partager ma passion de la langue, des mots…
Et étudier encore ! Dès ma première année d’enseignement, j’ai rejoint le DEA Imaginaire et poétique de l’Université de Grenoble. En 2005, j’ai poursuivi mon cursus universitaire en Sciences du langage.
Les conditions d’enseignement et de transmission m’effrayaient : il me fallait trouver d’autres méthodes pédagogiques. Je me suis alors intéressée à la prise en compte des émotions dans les apprentissages et j’ai réalisé une thèse sur l’écriture de textes qui suscitent des émotions.
Le choix d'une voie...
En 2022, je quitte l’éducation nationale, après 20 ans d’enseignement dans le secondaire, de recherche universitaire en didactique de l’écrit et de formation d’enseignants. J’ai aimé enseigné, chercher de nouvelles méthodes. Mais le cadre m’est devenu de plus en plus étroit, les exigences me sont souvent contradictoires à ce que la recherche m’apprend et qui m’anime vraiment : l’écrit pour tous.
Il m’a fallu monter les marches unes à unes !
Questionner mes envies, mesurer mes audaces, revisiter mes rêves, accepter de ne pas voir la fin des marches, d’avoir l’impression de ne pas monter, que c’est un mur en-deça de l’escalier…
Mais avancer, marche après marche… imprévu après imprévu… expérience après expérience…
Une formation en illustration m’a permis d’élargir ma palette de compétences pour créer des livres, de lâcher prise avec l’académique, avant de revenir à mon premier Amour : les mots.
Alors écrire ! Et partager l’écrit, l’écriture, former, continuer de transmettre… Les choses se mettent en place petit à petit. Une première commande : l’histoire du festival des Tintinophiles à Chabeuil, la petite ville dans laquelle je vis. Un premier album, écrit et illustré en riant : Hurlemots. Les co-créations de Chabad’Arts, lieu de vie artistique et créatif, d’Eclipse Formations en écriture… Et de nouveaux textes qui voient le jour : un roman, un recueil de poèsie…
Les marches sont montées unes à unes… Les difficultés dépassées, aussi. Même celles d’ordre personnel et sociétal, celles qui font que parfois tout est quand même plus difficile quand on est une femme.
... pour retrouver sa voix et entendre Liliore !
Quelques regards interrogateurs : Pourquoi n’écris-tu pas en ton nom ?
Quel nom ? Celui du père ? Celui d’un mari ? Que dire quand on voit que l’on peut suivre l’histoire d’une femme aux noms qu’on lui donne. Dans mon histoire, un refus de divorce m’a privée de mon nom de naissance et m’a obligé encore à porter le nom de l’autre plusieurs années où je ne pouvais le supporter.
Aujourd’hui, ma décision est prise : je me passerai de patronyme !
Patronyme, l’adjectif en dit long et je me positionne : je refuse de baisser le regard devant toutes les femmes qui ont constitué ma lignée et à qui je dois d’être la femme que je suis aujourd’hui.
J’écrirai sous le nom de Liliore. Un pseudonyme sans patronyme. A la manière de chanteur.euses ou d’auteur.trices de BD. Cela est possible aussi en littérature.
